Les Instants Vidéo à Florence (Italie)

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Compte rendu entre l'art vidéo et Fra Angelico

Retour de Florence hier soir. Magnifique ville.
Les grèves ont fait que vendredi 22 octobre, les organisateurs (du festival de la Creatività) ont dû décaler les horaires des festivités car mon avion a pris du retard. A peine débarqué, on m'a propulsé  sur une estrade pour débattre de l'art vidéo italien et français avec Silvia Lucchesi (directrice d'un festival sur l'art à Florence, Lo schermo dell'arte) et Alessandra Arno (notre partenaire de Visual Container à Milan). J'ai expliqué les raisons de mon retard, tout le public a manifesté son admiration pour les Français qui osent encore se mobiliser dans la rue et sur les lieux de travail. Ils m'ont dit que ca ne risque plus d'arriver ici, Berlusconi a complètement vidé les cervelles de la jeunesse et a imposé un arsenal de lois qui empêchent pas mal de luttes syndicales. J'avais envie d'atténuer leur enthousiasme pro-français et puis je me suis dit "bon, après tout, ça leur donne un peu d'espoir de croire que nous sommes tous comme ça en France, combattifs, etc etc…"
L'expérience internationale des Instants Vidéo a beaucoup intéressé le public. Beaucoup de questions sur l'art contemporain en Palestine, en Syrie, en Egypte…
Notre programme "art vidéo français" est passé deux soirs dans le Centre Culturel Français dans de très bonnes conditions de projection. Pas énormément de monde… Faut dire qu'à Florence, il n'existe aucune structure dédiée à cet art… L'art officiel ici est plutôt tourné vers la Renaissance… Mais bon, comme partout, il y a des résistances…
J'ai profité de mon séjour pour voir quelques musées. Tous les grands maîtres de la Renaissance sont là… C'est dans le Museo San Marco, où l'on peut voir une grande quantité de fresques de Fra Angelico, que j'ai eu une réflexion qui peut nous intéresser, au sujet des conditions de monstration des œuvres.
Fra Angelico a peint une fresque dans chacune des cellules des moines dominicains. Certaines sont sublimes. Comme dans la plupart des pièces, il y a quatre murs. Il a systématiquement choisi de peindre sa fresque sur le seul mur où il y a une fenêtre, c'est-à-dire qu'il a pris en compte le contre-jour. Il faut donc que l'œil prenne le temps de s'adapter pour voir apparaître l'œuvre peinte sur fond blanc.
Or aujourd'hui, les volets sont presque toujours fermés, et même quand ils sont ouverts, une lumière jaune éclaire la fresque pour éliminer tout effet de contre jour. Ce qui nous prive de l'expérience du regard, ce qui élimine le temps du regard. Autant dire que nous sommes privés de 50% de l'œuvre. Le visiteur est considéré comme un consommateur d'objets culturels, qui doit consommer vite… Privé de l'expérience du regard voulue par Fra Angelico, le visiteur n'a aucune chance de sentir une quelconque modification en lui, ce qui est le propre de toute expérience.
Ce que je pointe ici n'est pas propre à ce Musée, je crois que c'est un problème beaucoup plus général dont nous devrions tenir compte dans la conception même de notre festival des Instants Vidéo à Marseille.
Je vous souhaite de vivre des expériences intenses.

Marc Mercier

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